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Le 2 mars 1794, Talleyrand quitte l’Angleterre (où il s’était réfugié en 1792 car en délicatesse avec la Convention) et vogue à bord du William Penn en direction de Philadelphie.
Aujourd’hui, Charles-Maurice, son portrait du moins, vient de reprendre le chemin de l’Amérique, un retour qui suscite avec raison maintes interrogations.

Ce tableau de Gérard, « un portrait politique » (E. de Waresquiel), qui montre l’importance de la fonction de Talleyrand, reflète aussi cette hauteur, cette distance, cette « immobilité »  qu’il aimait afficher.
Ce n’est qu’un portrait parmi d’autres; homme d’exception, l’ex-abbé du Périgord inspira bon nombres de peintres (et de caricaturistes), chacun essayant de saisir l’insaisissable : la personnalité de Talleyrand.
Une personnalité fort complexe qui cultiva l’opacité et brouilla avec soin son image tout au long de sa vie.
Il fut une énigme. Pour ceux qui l’approchèrent. Pour madame de Staël, il était « le plus indéfinissable et le plus impénétrable des hommes» . Lannes, fut, lui, beaucoup plus direct : « on lui donnerait un coup de pied au cul que les traits de son visage ne vous en diraient rien ».
Il fut aussi – quelque part – un mystère pour ses intimes. La duchesse de Dino tenta de le résumer en ces termes: « Devin, complexe, successif  ».

Goethe avait rencontré Talleyrand; en examinant son portrait peint par Gérard, il  fut frappé par  «son calme, son regard insondable» et par «la quiétude de cet homme indemne malgré les tempêtes qui soufflent autour de lui».
Il déclara: «nous pourrons ici, tant que nous voudrons, jouer au physiognomoniste et à l’interprète, notre incompréhension se révélera trop courte, notre expérience trop pauvre, notre imagination trop limitée pour que nous puissions nous faire une idée adéquate d’un tel être», ajoutant :
«Il est vraisemblable que la même chose arrivera aux historiens futurs qui verront dans quelle mesure cette image pourra les aider d’une manière quelconque ».